Bertrand Pinac

Fils de Jean Pinac, laboureur-propriétaire, et de Jeanne Claverie (une de nos arrière-arrière-grand-tantes: l’arbre généalogique ici) Bertrand Pinac est né à Pouzac (Hautes-Pyrénées) le 11 décembre 1759.

Si on ne sait où il a débuté sa scolarité (sans doute auprès du curé de Pouzac dans un premier temps puis à Bagnères-de-Bigorre), Bertrand Pinac a pu poursuivre des études supérieures à Toulouse (un de ses oncles, Marcel Pinac, était chanoine de la cathédrale Saint-Étienne) puis à Montpellier, où il obtient le titre de docteur en médecine en mars 1785.

Couverture de la thèse de doctorat en médecine de Bertrand Pinac. (Archives BMP)

Bien que son oncle chanoine ait eu un revenu confortable, 10 000 livres (à titre de comparaison le salaire mensuel d’un domestique était de 12,5 livres et cette somme correspondrait à un revenu actuel d’environ 70 000 €), Bertrand avait une vie d’étudiant difficile : répétiteur à 12 livres par mois, tout en suivant les cours de la faculté, il passait encore du temps à instruire des fils de famille qui le payaient médiocrement. En 1783, il donna à un fils de M. d’Astarac, des leçons qui lui procurent 36 livres « dont il consigna 30 pour ses actes de physiologie et d’hygiène ». En 1784, il écrit à son ami Clarens de Campistrous (Hautes-Pyrénées) :

« Mes affaires sont en mauvais état. Figure-toi un homme qui est sans le sol, débiteur envers son hôte et son boulanger, et qui ne voit pas de moyen de payer ses dettes; je suis l’original. »

Une fois médecin, Bertrand Pinac retourne dans les Hautes-Pyrénées et s’installe à Bagnères-de-Bigorre. Il aime son métier et étudie le thermalisme (Bagnères était une ville d’eau depuis l’antiquité). Du 4 août au 22 septembre 1787, « il vit, goûta et essaya toutes les eaux depuis Barèges jusqu’aux Eaux-Chaudes. Le 2 octobre, il alla aux eaux de Capvern pour les voir. » (lettre à Clarens)

Il se marie (le 8 janvier an II – sic : soit le 19 nivôse an II ou le 8 janvier 1794, le rédacteur de l’acte ne maitrisant pas encore le calendrier révolutionnaire) avec Marie Dufourc, née à Saint-Créac le 21 avril 1770, issue d’une vieille famille de la noblesse de la partie occidentale de la Bigorre, les Duffourc dits d’Anthian.

Lorsque la révolution éclate, Bertrand Pinac s’est fait une place à Bagnères. En 1790, les électeurs le nomment administrateur du district de l’Adour. Ses collègues le portent au Directoire du district, puis en 1791 l’en élisent procureur syndic. À l’été 1793, il est nommé membre du Directoire du département, mais n’accepte pas le poste. Il est enfin agent national du district de Bagnères, représentant le gouvernement auprès des administrations locales, chargé de requérir et de poursuivre l’exécution des lois, de dénoncer les négligences et les infractions commises. Cette activité de contrôle, sur les autorités et les particuliers, ainsi que l’étendue du domaine d’intervention assuraient aux agents nationaux une très grande puissance.

Pendant toute cette période, Pinac se comporte en montagnard décidé, zélé partisan de Robespierre : il est qualifié de « terroriste déterminé » et de « robespierrot » local ª.
Quand cela l’arrange, il sait s’adapter toutefois : son oncle (le chanoine de la cathédrale Saint-Étienne) fait partie des prêtres réfractaires condamnés à la réclusion pendant la Terreur. Par décret du 7 prairial an II (26/05/1794), Marcel Pinac est reclus à Tarbes, dans la maison Luscan, avec plusieurs autres prêtres. Compte tenu de son âge (79 ans) et de son état de santé, il est autorisé le 21 frimaire an II (11 décembre 1794) à se retirer à Bagnères-de-Bigorre pour être en « état d’arrestation » dans la maison de son neveu. Les sans-culottes de la ville souhaitaient avoir une fête de la Raison : ils voulaient atteler les prêtres (revêtus de leurs habits sacerdotaux) à un char, Marcel Pinac marchant à la tête de la mascarade. Bertrand s’y opposa, arguant que son oncle était un honnête homme … ses détracteurs par la suite pourront dire que « s’il n’avait pas pour son oncle les yeux d’un Brutus, l’héritage de ce dernier n’y était pas pour rien! »

Portrait de Robespierre
(Musée Carnavalet)

À l’issue de la Terreur, après la mort de Robespierre le 10 thermidor an II, Pinac est destitué de ses fonctions, plusieurs de ses adversaires sont introduits dans l’administration du district. Il sera emprisonné pendant un temps.

Il saura très vite rebondir, en développant l’établissement thermal (les Bains Pinac) qu’il avait créé à Bagnères-de-Bigorre, en pleine ville, exploitant les eaux des sources d’Artigues-Longue. Il y a fait construire un établissement de 20 lits, comprenant 2 buvettes et 6 baignoires. Les bains Pinac lui survivront et seront exploités jusqu’en 1880, année où des travaux effectués dans la ville tarissent plusieurs sources. La Société Générale occupera un temps les bâtiments, avant la première guerre mondiale, la salle des coffres étant installées dans ses sous sols.

Le bâtiment des Bains Pinac dans les années 2000.

L’épisode révolutionnaire n’arrêtera pas sa carrière politique : après le Consulat Bertrand Pinac fait rapidement oublier son passé et devient conseiller municipal, adjoint au Maire de Bagnères de 1808 à 1813, conseiller d’arrondissement. Le 16 mai 1815, Pinac est élu (par 33 voix sur 66 votants) représentant de l’arrondissement de Bagnères à la chambre des représentants, dite des Cent-Jours. En 1820, il participe à la souscription faite pour ériger un monument en l’honneur du Duc de Berry (il donne 3 fr.). Vers 1830, il est élu au conseil général du département.

Bertrand Pinac a été marié 2 fois: la première fois à Marie Dufourc, dont il a eu 1 fils Étienne en l’an II (nous parlerons bientôt de lui) puis à Charlotte Françoise Eulalie Guyot, dont il a eu un second fils, Marcel, né en 1801 et décédé à l’âge de 8 ans.

Bertrand Pinac décède le 8 septembre 1836, à l’âge de 76 ans, dans son domicile de la rue de la Comédie (la rue n’existe plus sous ce nom). Une impasse porte son nom, dans la partie moderne de la ville.


ª Les mots terroriste et robespierrot sont pris ici dans leur sens originel : partisan de la Terreur et de Robespierre. Le terme robespierrot n’acquerra une connotation péjorative que plus tardivement au 19ème siècle.

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