La compagnie française des mines du Laurium


Les mines de plomb argentifère du Laurium sont connues depuis l’Antiquité. Les Athéniens, avec de très nombreux esclaves (souvent des enfants), en ont extrait une énorme quantité de minerai qui assura la fortune de la cité, fortune qui fut en grande partie décisive dans l’établissement de la thalassocratie athénienne. Abandonnées au 1er siècle avant notre ère, les mines furent redécouvertes, un peu par hasard, au début des années 1860.

Enrico Serpieri, père de Giovanni Battista, propriétaire de mines en Sardaigne et ayant l’habitude de traiter leurs résidus, s’apercevant que des voiliers grecs faisant escale dans l’île utilisaient comme lest des scories de minerais métalliques provenant de la région du Laurium, a l’idée de les faire analyser.

Convaincu du potentiel de ces scories, il envoie son fils Giovanni Battista au Laurium étudier le site. Les deux hommes s’associent avec un Marseillais, Hilarion Roux (qui, à Carthagène en Espagne, avait acquis l’expérience du traitement des scories) et créent en 1864 une société franco-italienne  : l’entreprise Hilarion Roux et Cie de Marseille, avec l’implication de capitaux italiens et surtout français.

Dès 1867, cette société rapportait 250 000 drachmes à l’état grec (soit plus de 600 000 € actuels). Le gouvernement d’Athènes, profitant de l’affaiblissement de la France, entame en 1871 un bras de fer avec la société métallurgique pour tenter de l’évincer. L’affaire prend une ampleur internationale et devient « l’Affaire du Laurion ». Les représentants des grandes puissances recommandent de la soumettre à un arbitrage : Allemagne, Autriche, Russie … Jules Ferry, nouvel ambassadeur de France à Athènes, est chargé de trouver une solution. Il essaye, sans succès, de faire tomber le gouvernement grec. Finalement en février 1873, un compromis est trouvé, Serpieri et Roux se rendant compte qu’aucune solution ne sera satisfaisante. Ils vendent leur société (usines, scories et déblais de surface, engins d’exploitation) pour 11 500 000 francs à une nouvelle compagnie constituée de capitaux de la diaspora: la Société Hellénique des usines métallurgiques du Laurium. Andréas Syggros, banquier de Constantinople en est l’investisseur principal. Roux et Serpieri font cependant réserve expresse de la propriété du fond, c’est à dire des mines elles-mêmes, mal connues et pas exploitées à l’époque. Serpieri devient l’expert technique de cette entreprise. Cette nouvelle société enthousiasme les investisseurs grecs, créant la première bulle spéculative grecque qui, en éclatant peu après, ruinera de nombreux épargnants.

Roux et Serpieri commencent dès lors les recherches qui amenèrent à la redécouverte et à la remise en exploitation des anciens travaux souterrains : en 1875 ils créent à Paris une nouvelle société, la Compagnie Française des Mines du Laurium associant des capitaux français, italiens et de la diaspora grecque (en particulier la famille Rodocanachi de Marseille). Celle-ci réunit 3 concessions dans la région de Camaresa, couvrant 3171 ha : La concession Mercati (1098 ha) au nord, la concession Antonopoulo (618 ha) au sud et la concession Serpieri (1455 ha) entre les deux. Par la suite, elle agglomère d’autres concessions et devient la plus importante compagnie minière de la région.

Egastéria - Photo Louis Poinssot (Source gallica.bnf.fr / BnF)

La CFML, et la compagnie grecque, participent largement au développement de la région. La ville de Lavrion croit rapidement. Son port d’Ergastéria reçoit des vapeurs venus du monde entier, de nouveaux quartiers se créent à Cyprianos (où la CFML construit 45 000 m2 d’installations) pour loger le personnel : Spaniolika (pour les ouvriers espagnols), Italika, Santorineika …

Egastéria 2nde moitié du 19ème siècle – Photo Louis Poinssot
(Source gallica.bnf.fr / BnF WC 409)

La compagnie d’Andréas Syggros et la CFML possèdent une grande partie des habitations et des magasins. La CFML construit des églises catholiques ( Sainte Barbe à Lavrion, Sacré-Cœur à Camarésa et Notre-Dame du Carmel à Plaka), des écoles italiennes et françaises, regroupant les enfants par nationalité), alors que les églises orthodoxes le sont par la Société Hellénique (Saint-André à Lavrion) ou par les habitants et la municipalité, ces derniers étant aussi à l’origine des écoles grecques. La CFML a aussi construit deux hôpitaux et trois pharmacies, des installations portuaires, avec un wharf comprenant un appontement métallique, 2 grues à vapeur, des magasins pour les minerais et combustibles et les nombreuses annexes nécessaires aux opérations de chargement et déchargement des navires. La ville du Laurium est très rapidement dotée d’un réseau électrique et téléphonique, une des premières en Grèce. Dans les années 1890, la production en minerais divers dépasse 220 000 tonnes annuelles.

Le wharf, quai métallique d’embarquement des minerais, construit en 1888 par la CFML.

Les maires de la ville, au début, étaient des dirigeants de la Compagnie grecque, comme Monsieur Phocion Negris, ingénieur des mines, de 1895 à 1896. La Compagnie grecque, qui n’a traité que les scories laissées par les anciens sans développer d’activité minière, cesse son activité en 1917. La CFML devient en 1931 une filiale de la Société minière et métallurgique de Peñarroya, société française créée en 1881. En 1935, l’exploitation des mines du Djebel Ressas (mines dont Albert a été directeur au début des années 1900) est amodiée à la CFML, qui finalement absorbe la société en 1949. La CFML cesse totalement son activité dans les années 1980.

Photo datant de la fin du XIXème siècle: à gauche la maison des hôte et en regard la maison Serpieri, qui deviendra la maison du directeur.

texte mis à jour le 25 janvier 2024

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5 commentaires

  • solange

    dire que Charles a terminé sa carriere d:ingenieur à la S.A.C.M à fabriquer des locomotives ! Yves a luiaussi travaill quelques mois à la S.A.C.M devant une planche à dessin .

  • ARISTIDE KANATOURIS

    Prière de corriger: La CFML a construit que les églises catholiques de Sainte Barbe à Lavrion, du Sacré-Coeur à Camarésa et de Notre-Dame du Carmel à Plaka, ainsi que des écoles italiennes et françaises. Les églises orthodoxes ont été construites soit par la Compagnie Hellénique (Saint-André à Lavrion), soit par les habitants et la municipalité pour les autres. Les écoles grecques ont été construites aussi par la municipalité de Lavrion. Les premiers maires de Lavrion étaient des dirigents de la Compagnie Hellénique, tels que Alexandre Cambas (1891-1895, Phocion Négris (1895-1898), Ioannis Relios (1899-1905), etc. Il ne faut pas sousestimer la contribution majeure de la Compagnie Hellénique à la création de la ville de Lavrion; de ces installations, il ne reste pas grand chose, mais ce qui reste donne l’ampleur de cette Compagnie.

  • Vanessa AMOSSE

    Bonjour,
    jJe lance une boutielle à la mer et Je ne sais pas si vous serez en mesure de m’aider. Mon arrière grand père est né à Laurium, il était italien, son papa y travaillait. Je tente de reconstiter la branche généalogique, mais aucune données sur les naissances à Laurium…Savez ou je peux me renseigner?

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